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La dictature du buzz, ou comment buzzer est devenu la nouvelle façon de réussir sa vie

A l'heure où Internet a relégué la télé au rang de média froid presque secondaire et que les nouvelles font le tour de la planète en quelques heures à peine, devenir l'objet ou l'instigateur d'un buzz semble être devenu un nouveau signe de réussite sociale...


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... dans une société où la notion d'ambition (au sens noble du terme) apparaît réduite comme une peau de chagrin. A quoi bon devenir avocat ou médecin quand on peut devenir riche et célèbre en racontant des inepties ?

Bien sûr, la quête de publicité et de célébrité facile ne date pas d'aujourd'hui et Warhol lui-même l’a largement préfigurée avec son fameux “quart d'heure de gloire”. L'arrivée d’Internet et l’essor des réseaux sociaux et des blogs ont, depuis, largement démocratisé l'accès à la notoriété, aussi éphémère et circonscrite soit-elle.

Désormais, tout semble n'être perçu qu'à l'aune de sa capacité à générer du buzz, quitte à sombrer dans les méandres du néant. Le monde tourne comme si personne ne cherchait plus à s'élever, intellectuellement ou socialement, comme si le buzz et la célébrité, devenus une fin en soi, justifiaient tout et n'importe quoi et que la médiocrité était une forme de garantie pour accéder à la reconnaissance publique. Du simple quidam aux médias, tout le monde court après les followers, retweets, j’aime et autres visiteurs uniques... Être vu et faire parler est la nouvelle façon d’accomplir et de s’accomplir.

On s'extasie et convie partout, des semaines durant, une fille dont le seul fait d'arme est d'avoir prononcé une phrase d'une inouïe imbécilité ("T'es une fille, t'as pas de shampoing ? Non mais allo quoi ?") et d’avoir été multivisionnée. A en croire la couverture médiatique qui a suivi l’exploit, le buzz a cet extraordinaire pouvoir de transformer la bêtise en réussite sociale, pourvu qu’elle ait retenu un peu d’attention. Une éminente équipe de chercheurs pourraient demain mettre au point un vaccin contre le cancer qu’on n’en parlerait pas tant.

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De même, on tente de transformer une ex-prostituée au vocabulaire somme toute assez limité en une femme d'affaires/créatrice de mode/égérie d'on ne sait trop quoi. Il n'est évidemment pas question de dire qu'une ancienne prostituée ne mérite aucune reconversion, mais la vacuité qui se dégage de ses interviews laisse dubitatif quant aux talents supposés de la demoiselle et à la santé mentale de ceux qui se précipitent pour la courtiser.

Quoiqu’il en soit, on tolèrerait sans doute mieux cette course effreinée au buzz si elle n’était restreinte qu’aux sujets frivoles. Mais peu à peu, même les médias dits sérieux, qui semblaient il y a encore peu faire rempart, participent à la course au sensationnel, quitte à nous abreuver d’informations approximatives, pourvu qu’elles buzzent. Mais comme le veut l’adage popularisé par Yvan Audouard, “une information et son démenti, ça fait deux informations pour le prix d’une...”

Au cours des derniers mois, on a aussi pu constater que le ramdam était devenu une telle religion que même une mort ne constituait plus un sujet assez grave pour qu’on s’abstienne de s’en servir pour racoler. On a pu assister (entre autres) à un bal médiatique macabre autour du décès d’un candidat de Koh Lanta. Les yeux fixés sur leurs courbes d’audience, sites Internet et journaux se sont précipités pour publier et relayer des témoignages anonymes contredisant le récit officiel du drame livré par TF1 et la société de production. Pour l’occasion, les encarts “DERNIÈRE MINUTE”/”URGENT”/”EXCLUSIF” étaient évidemment de sortie. A force d’acharnement médiatique, l’affaire a fini par faire une seconde victime en la personne du médecin de l’émission. Quelques mois plus tard, Télérama révélait que les “témoins” anonymes auxquels les médias avaient choisi de faire aveuglément confiance n’étaient en réalité qu’une seule et même personne, qui n’avait par dessus le marché même pas assisté à la scène. L’occasion pour certains de se remettre en question ? Que nenni !

Le même cirque s’applique également à la politique, où l’on retrouve désormais exactement les mêmes codes que dans la presse people : les rumeurs, les témoignages anonymes de “proches”, les divas... Dernièrement, Libération a même fait très fort en inventant le buzz coupe-buzz. Le journal, qui croyait savoir que Mediapart s’apprêtait à publier une enquête sur un prétendu compte en suisse du ministre des affaires étrangères, s’est empressé de faire sa une sur l’affaire... pour la démentir avant même sa sortie. Avant la publication du journal du lendemain matin, Mediapart s’était alors empressé de démentir le démenti de Libé. Comme quoi, le buzz n’est pas toujours une science exacte...

Au fond, on ne sait trop où va ce monde mono-obsessionnel du buzz et de la précipitation, mais on ne saurait qu’espérer que les gens qui y contribuent s’épuiseront de courir après du vent avant nous, de les observer faire. Et puisque « penser et agir à contre-courant des manies et des modes du jour, c'est le commencement de la sagesse » (Jean Prieur), on ne saurait que vous recommander de ne pas céder au grégarisme contemporain et de prendre le temps de devenir sage.

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